La Flamme

EN   ES

La Flamme, 2016, 8 min 10 s

(Négatif argentique scanné – Modification pseudo-aléatoire par script C++)

A partir du scan d’un négatif argentique, qui montre une œuvre sculpturale d’Igor Mitoraj installée sur la Place Rynek de Cracovie (Eros Bendato, 1999), une image numérique a été produite. Sur cette image virtualisée, un algorithme a été conçu et appliqué, afin d’introduire des modifications pseudo aléatoires à intensité variable. On recrée ainsi 1000 images, que l’on fait défiler afin de créer l’illusion du mouvement, selon une temporalité qui est gérée par l’algorithme. Dans l’animation, on assiste à l’apparition de trois stades de figuration.

Au début, l’animation nous met face à des structures verticales, qui évoluent rythmées par une fréquence de changement croissante. L’expérience est ici sensorielle et le fonctionnement abstrait de l’image animée dégage de la fiction.

Vers la moitié de la vidéo, au fur et à mesure que les déformations introduites par l’algorithme commencent à se recentrer, l’image devient plus figurative mais sans faire référence encore à l’image originale : Le mouvement, les formes produites, nous font penser au feu, qui s’éteint jusqu’à former une seule flamme.

La flamme disparait à son tour, lorsque la figuration devient plus claire vers la fin de la vidéo. Finalement, on change de mode de perception : de l’image en mouvement, on passe à l’image fixe. L’œil comprend qu’il peut se déplacer dans l’image, à la recherche des détails. Or, l’image finale résiste encore à l’interprétation simple.

Cette animation illustre un fait essentiel de l’image numérisée : lorsqu’elle devient information systématique et ordonnée, elle est alors susceptible d’être modifiée par un code, capable d’introduire une temporalité. On assiste donc à un effacement des catégories traditionnelles, et qui s’excluent mutuellement, entre l’image fixe et l’image en mouvement. La photographie numérique, susceptible d’être manipulée grâce au langage informatique, contient en elle-même le mouvement à l’état latent.

D’un point de vue symbolique, La Flamme nous propose aussi un passage depuis la désorganisation propre au monde inorganique, vers une organisation croissante qui s’accomplit chez le vivant (si l’on admet fonctionnement iconique de la statue, par rapport à figure humaine). Le monde inorganique, soumis aux lois de la physique, est prévisible, calculable : il est, pour ainsi dire, « mort ». Le monde du vivant, refuse à être saisi facilement par des lois simples. Il développe la conscience, qui se voit à soit même : C’est le terrain de la liberté, de la révolte et de la création.

La Flamme, est aussi le lieu dans lequel s’opère la transformation: La flamme du soleil rend possible la vie, mais aussi elle est capable de la remettre à son état d’origine.