Traces

Traces
Installation, 2017.
2 épreuves numériques, 200 x 100 cm.
3 séquences vidéo PAL 4/3, couleur, sans son.
3 moniteurs 14 pouces, 3 lecteurs DVD.

L’installation Traces prend comme point de départ des captations vidéo réalisées dans des emplacements urbains. Celles-ci sont traitées par superposition temporelle, ce qui modifie le rendu des éléments en mouvement. Du fait qu'il s’agit d’espaces intérieurs, le mouvement capté correspond principalement à celui du public qui se déplace en lien avec l’enveloppe architecturale : la figure humaine est transformée dans une sorte de forme allongée qui évolue dans l’espace. Ces formes deviennent des traces, qui à leur tour génèrent des arrangements textuels dans une langue fictive, en quête de sens.

Les trois niveaux de contenu (captations, traces, arrangements textuels) circulent alternativement parmi les écrans vidéo qui font partie de l’installation. L’ensemble se propose à une lecture symbolique ouverte, stimulant l’imaginaire du spectateur autour des structures physiques et immatérielles qui règlent le fonctionnement du corps social.

 

"De ces différents cercles de la mémoire, que nous étudierons en détail plus tard, le plus étroit A est le plus voisin de la perception immédiate. Il ne contient que l’objet 0 lui-même avec l’image consécutive qui revient le couvrir. Derrière lui les cercles B, C, D, de plus en plus larges, répondent à des efforts croissants d’expansion intellectuelle. C’est le tout de la mémoire, comme nous verrons, qui entre dans chacun de ces circuits, puisque la mémoire est toujours présente ; mais cette mémoire, que son élasticité permet de dilater indéfiniment, réfléchit sur l’objet un nombre croissant de choses suggérées, tantôt les détails de l’objet lui-même, tantôt des détails concomitants pouvant contribuer à l’éclaircir. Ainsi, après avoir reconstitué l’objet aperçu, à la manière d’un tout indépendant, nous reconstituons avec lui les conditions de plus en plus lointaines avec lesquelles il forme un système. Appelons B’, C’, D’ ces causes de profondeur croissante, situées derrière l’objet, et virtuellement données avec l’objet lui-même. On voit que le progrès de l’attention a pour effet de créer à nouveau, non seulement l’objet aperçu, mais les systèmes de plus en plus vastes auxquels il peut se rattacher; de sorte qu’à mesure que les cercles B, C, D représentent une plus haute expansion de la mémoire, leur réflexion atteint en B’, C’, D’ des couches plus profondes de la réalité."  

H.Bergson, Matière et Mémoire, 1896